« On n’en saura jamais rien »

11 septembre 2026 | Chroniques d’audience

Toulouse, chambre des comparutions immédiates, juin 2026

Samir H., né en 1990 en Tunisie, comparait pour des violences ayant entraîné trois jours d’incapacité totale de travail (ITT) sur Tarik S., assis sur le banc des victimes avec un œil au beurre noir et une arcade recousue.

Comme exigé par la loi, le président demande au prévenu s’il veut un délai pour préparer sa défense. Celui-ci n’en a aucune idée. Penché par dessus le plexiglas du box pour entendre l’interprète qui chuchote sa traduction, il murmure : « Comme vous voulez. »

Ça fait rire le président. « Si ça ne dépendait que de moi, je sais ce que je choisirais, mais c’est à vous de décider ! »

Samir H. accepte finalement d’être jugé immédiatement et le président se lance dans le résumé des faits : « On va essayer de rester factuel, parce que les raisons de l’altercation sont des plus confuses. »

Tarik S., la victime, dit avoir été en train d’amener de la bière à des connaissances dans un appartement et que le prévenu s’est jeté sur lui pour lui donner des coups. Samir H., lui, reconnaît l’avoir repoussé mais uniquement pour se défendre.

Le président s’interrompt pour houspiller le prévenu qui s’accoude au plexiglas pour être plus proche de l’interprète : « Il se tient là comme s’il était au bistrot… Il va se tenir droit ! »

L’avocate proteste : « Mais c’est pour qu’il puisse entendre…

— Ça ne fait rien ! Qu’il se redresse ! Bon, ce qui est constaté, c’est que Tarik S. est blessé, même si on ne comprend pas bien pourquoi Samir H. l’aurait frappé. »

La victime inspire apparemment la même méfiance au président que le prévenu : quand Tarik S. explique avoir refusé la confrontation parce qu’il était fatigué ce jour-là, le président s’exclame : « Fatigué par l’alcool ? Par la cocaïne ? Et est-ce que vous êtes en situation régulière sur le territoire français ? »

Lorsque vient leur tour d’intervenir, la procureure et l’avocat de la défense conviennent également qu’on n’a aucune idée du motif ou des circonstances exactes du coup porté. Problème d’argent ? Jalousie ? Consommation importante de stupéfiants et d’alcool ? Légitime défense ou attaque gratuite ?

Peu importe, la procureure n’a pas besoin d’en savoir plus pour demander 8 mois de prison avec maintien en détention, plus 2 mois pour la révocation partielle du sursis probatoire d’une condamnation précédente, également pour violences.

L’avocate de la défense suppose qu’au vu de l’alcoolisation de tout le monde ce soir-là personne ne se rappelle tout à fait ce qu’il s’est passé : « Et on n’en saura jamais rien ! Mon client fait des efforts mais c’est difficile : il vit à la rue depuis sa sortie de détention. Il a des problèmes d’addiction. Malgré tout il va voir une association pour consolider sa maîtrise de la langue française. Il se rend à la Cimade pour essayer de régulariser sa situation et de reprendre contact avec sa fille. »

Samir H. est condamné à 8 mois de prison plus 3 mois pour la révocation de son sursis probatoire, avec incarcération immédiate.

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Les deux prévenus dans le box sont accusés d’avoir utilisé un scooter volé quelques jours auparavant. Le président résume : « Le propriétaire, qui a reconnu son véhicule dans la rue, voit deux hommes, clé sur le contact, prêt à partir. Il fait une vidéo et appelle la police municipale, qui les retrouve et les arrête. »

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