À PARAÎTRE LE 7 OCTOBRE

Sur la sellette

Recueil de chroniques
de comparutions immédiates

aux Éditions du bout de la ville

Pour son bien

6 septembre 2022 | Chroniques d’audience

Toulouse, chambre des comparutions immédiates, juin 2022

Terrifiée et au bord des larmes, une toute jeune femme est amenée par les policiers dans le box des prévenu⋅es. Depuis le premier rang du public, sa sœur l’encourage avec énergie et optimisme :

— Tu vas sortir ! Ça va aller !

La présidente commence :

— Votre avocate me dit que vous demandez un délai, notamment pour avoir le temps d’obtenir une expertise psychiatrique.

Nassima L. confirme d’une voix fluette. Le tribunal doit maintenant décider s’il l’enverra en prison jusqu’au procès.

Elle comparaît pour « violences volontaires avec arme, en l’espèce un véhicule ». Elle a légèrement blessé son compagnon (un jour d’interruption totale de travail) et assez gravement la deuxième compagne de celui-ci (vingt-et-un jours d’ITT). On n’en saura pas plus sur les faits, si ce n’est qu’une querelle oppose les deux femmes depuis plus de deux ans.

La présidente aborde machinalement les éléments de personnalité : deux mentions sur son casier pour violences volontaires – liées justement à ce conflit –, ainsi qu’une vieille condamnation pour contrebande de cigarettes. Aujourd’hui, la prévenue travaille en CDI dans les ressources humaines d’une boîte de livraison.

Logement, travail, Nassima L. a des garanties de représentation, ce qui n’empêche pas le procureur de demander son maintien en prison en attendant le procès. Parce qu’il ne voudrait pas qu’elle recommence, mais surtout, annonce-t-il, pour la mettre à l’abri d’éventuelles représailles de la victime. C’est drôlement attentionné de sa part ! Par ailleurs, l’expertise qui a été demandée par l’avocate permettra de savoir si la prévenue est dangereuse. Il est plus sage de l’enfermer en attendant.

L’avocate essaye de toucher une corde habituellement sensible chez le tribunal :

— Parce que Nassima L. ne correspondait pas aux critères imposés par les hommes de sa famille, son père et ses frères lui ont rendu la vie très difficile, ils lui ont même cassé le nez. Elle n’en parle pas, c’est sa sœur qui me l’a dit. Quant à être dangereuse, non, je ne pense pas : elle travaille dans les ressources humaines, elle est parfaitement insérée !

Le tribunal se retire. L’avocate adresse quelques mots rassurants à la sœur de Nassima L. puis part bavarder avec d’autres professionnels de la justice, la laissant debout, figée, les yeux dans le vide.

Le tribunal revient très rapidement et envoie Nassima L. en détention jusqu’à l’audience. Elle fond en larmes en regardant sa sœur, qui lui crie :

— C’est pas grave, c’est pas grave ! Je vais venir te voir. Ne t’inquiète pas. Je t’en prie, arrête de pleurer.

On remmène Nassima L. dans les geôles. Elle y restera jusqu’à la fin de la journée avant qu’on l’envoie en prison pour son bien.

autres affaires

Maintenant qu’il est là

Maintenant qu’il est là

Le parquet a renoncé à poursuivre Abdel T pour le vol à l’issue de la garde à vue. Mais maintenant qu’il est là, ce serait dommage de le laisser partir libre : il l’accuse donc de « maintien irrégulier sur le territoire ».

lire plus
Merci pour tout

Merci pour tout

Le prévenu comparaît pour violences volontaires. Installé au rayon alcool d’un supermarché pour boire des bières, il a menacé avec un couteau le vigile qui voulait le déloger. Couteau qu’il a immédiatement rangé quand les renforts sont arrivés.

lire plus
« Vous n’êtes pas tout à fait normal sans être fou à lier »

« Vous n’êtes pas tout à fait normal sans être fou à lier »

Un mois et demi plus tôt, Diego N. a touché les fesses de deux femmes dans le hall de la gare, alors qu’elles regardaient les horaires de train sur les écrans dans un moment de grande affluence. La scène a été filmée par les caméras de vidéosurveillance, et il a été arrêté le lendemain. Il est en détention provisoire depuis, le procès ayant été renvoyé deux fois pour attendre une expertise psychiatrique.

lire plus