Toulouse, chambre des comparutions immédiates, décembre 2025
Timothée B. comparaît pour un vol avec violence. Très saoul, il a pensé que David F. se moquait de lui : il s’est approché, lui a donné deux gifles, a arraché son casque audio avant de partir en courant. Trente minutes plus tard, il est cependant revenu sur les lieux et, à la demande d’agents de la compagnie de transport locale, il est resté pour attendre la police.
Le président signale : « Vous ne pouviez pas le savoir parce que ça ne se voit pas, mais la victime est une personne handicapée. Alors, il vous intéressait ce casque ?
— Vu que je voulais lui rendre, il ne m’intéressait pas.
— Pourquoi le prendre dans ce cas-là ? Et dans le dossier, personne ne dit que vous vouliez le restituer ! Quand vous êtes revenu sur les lieux, vous avez été interpellé et le casque a été récupéré. »
Le casier porte la trace de deux autres vols sur personnes vulnérables, dont le dernier date de 2021. Le président l’interroge : « Comment était la victime ? »
Le prévenu répond dans un souffle que c’était une personne âgée.
« En 2025 à Perpignan vous avez aussi été condamné pour usage de stupéfiant et refus de donner votre code de téléphone. Pour le reste, vous avez un CAP d’électricité et vous travaillez en intérim. »
L’assesseur de gauche pose sa question habituelle, celle qu’il a posée à tous les prévenus étrangers de l’après-midi : « Quelle est votre situation au regard du droit au séjour des étrangers ?
— J’ai un titre de séjour de 10 ans. »
L’assesseur se tourne vers le président : « L’interdiction du territoire français est encourue pour ce type de délit. »
Le président accepte de « le mettre au débat », comme il dit. Au prévenu : « Quelles sont vos attaches en France ?
— Ma mère habite à Toulouse.
— Votre maman est de nationalité française ? »
Le prévenu acquiesce.
La victime, David F., s’avance à la barre : « Suite aux violences, je ne sors plus trop. »
Quand il commence a expliquer qu’il aurait peut-être besoin d’aide pour la suite, le tribunal l’interrompt : « L’accompagnement des victimes n’est pas de la compétence de cette juridiction.
Son avocate prend le relai pour demander 1 500 € de dommages et intérêts. »
La procureure fait court : « Les faits sont reconnus, le casier montre que le recours à la violence est régulier et que le choix des victimes est particulier. Si on est violent quand on boit, on ne boit pas. »
Elle demande 30 mois de prison.
L’avocate du prévenu revient sur son alcoolisation : « Il a fallu attendre 10 heures pour qu’il puisse comprendre ses droits ! Quand il revient une demi-heure plus tard, c’est effectivement pour rendre le casque. On lui demande d’attendre la police, il attend. Il a une situation professionnelle stable. Une peine aménagée lui permettrait de garder son logement et son travail. »
Timothée B. est condamné à 2 ans de prison et à une interdiction du territoire français pendant 10 ans.



