Toulouse, chambre des comparutions immédiates, mai 2026
Les deux prévenus comparaissent pour avoir cassé la fenêtre d’une voiture et pris une enceinte Bluetooth, de l’argent et un boîtier à lunettes. Quand ils sont interpellés, les forces de l’ordre réalisent que l’un des deux est en état d’évasion : en mars 2025, Mathieu O. n’est pas rentré à la prison de Seysses après une permission de sortie pour aller voir le dentiste.
Mathieu O. comparait aussi pour 8 cambriolages qu’il a ensuite commis seul dans des garages et des cabanes de jardin. Le président lit soigneusement la liste des objets volés – taille-haie, perceuse, meuleuse, gants de jardinage, arrosoir, trottinette, vélo, visseuse, sécateur, caméra – avant de l’interroger : « Vous êtes né en 1990 à la Réunion, vous êtes sans domicile fixe, sans profession et sans ressources, c’est bien ça ? »
Mathieu O. confirme. Comme en garde à vue, il reconnaît la totalité des faits.
Dans deux des cas, il y a des vidéos. Dans un troisième, il a été identifié par son profil génétique : « Vous avez mangé un fruit pris sur un arbre et vous l’avez laissé. C’est le fruit du péché ! Ça commence par Adam et Eve et ça finit par Monsieur ! [Dans le public, deux personnes s’esclaffent bruyamment.] Et tout ça pour quoi ?
— Je suis à la rue, j’ai faim, j’ai froid. J’ai demandé de l’aide mais je ne l’ai pas eue.
— Le problème c’est que vous consommez de la cocaïne. Vous avez aussi déclaré que vous entendiez des voix. Vous avez déjà suivi un traitement ? Non ? Vous avez 36 ans et déjà 24 mentions sur votre casier. Il va falloir que ça s’arrête. Il y a là encore un échec judiciaire patent ! »
L’interrogatoire du second prévenu, Hamza D., est plus sommaire : né en 1989 en Algérie, il est SDF lui aussi, et n’a qu’une seule mention sur son casier pour vente frauduleuse de cigarettes en 2024.
« Pourquoi est-ce que vous avez volé ?
— J’avais faim.
— Bah oui, mais si tout le monde fait ça on va pas y arriver ! »
La procureure demande 24 mois pour Mathieu O. et 6 pour Hamza D., avec incarcération immédiate dans les deux cas.
L’avocate de Hamza D. ne s’embête pas et met tout sur le dos du premier prévenu : « C’est l’autre qui a brisé la vitre et qui lui a donné l’enceinte. Compte tenu du butin modique qui lui a été donné, je demande la clémence. »
L’avocat de Mathieu O. regrette que son client n’ait pas évoqué sa situation familiale : « Après être passé chez le dentiste lors de sa permission, il est allé voir la mère de sa fille. Et celle-ci est quasiment décédée dans ses bras ! Ce fait pourrait expliquer sa désertion. »
Surpris par cette déclaration, le président se tourne vers Mathieu O. : « Vous avez entendu la supplique de votre conseil concernant votre refus de réintégrer la maison d’arrêt. Vous n’avez pas parlé de cet événement en garde à vue. Vous avez simplement dit que vous étiez persécuté à Seysses…
— Elle est morte dans mes bras. Elle est morte dans mes bras. J’ai pété un câble. Je suis parti. »
Sans plus de commentaires, le président lève l’audience pour délibérer. Mathieu O. est condamné à 18 mois de prison, et Hamza D. à 4 mois, tous les deux avec mandat de dépôt.



